Note fédérale - Les politiques d’extrême droite dans l’éducation n°5 : l’Argentine de Milei
46 millions d’habitant.es
Capitale : Buenos Aires
AUSTÉRITÉ, PRIVATISATION ET RÉSISTANCE
Depuis l’arrivée au pouvoir de Javier Milei en décembre 2023, l’Argentine vit une transformation radicale de son modèle économique et social. Cette politique répond à la doctrine libertarienne dont se réclame l’extrême droite de Milei. Pour lui, l’État ne doit pas intervenir dans l’économie ni fournir de services publics, car cela fausse le marché et limite la liberté individuelle. Cela concerne donc l’éducation qui devrait être gérée par le secteur privé, considéré comme plus efficace.
Traditionnellement considérée comme un pilier de la mobilité sociale et un droit fondamental, elle est aujourd’hui l’une des principales cibles des politiques d’austérité du gouvernement.
Coupes budgétaires, attaques contre l’école publique, promotion du privé et conflits avec les syndicats enseignants marquent cette nouvelle ère.
Des universités publiques en crise
Le gouvernement Milei a imposé une réduction drastique des dépenses publiques, frappant de plein fouet les universités nationales, pourtant gratuites et parmi les plus prestigieuses d’Amérique latine. En 2024, leur budget a été amputé de plus de 30 % en termes réels (ajusté à l’inflation), plongeant des institutions comme l’Université de Buenos Aires (UBA) dans une situation critique : la recherche manque de fonds (des laboratoires ne sont plus financés et des projets scientifiques sont gelés) ; les bâtiments se dégradent (des travaux urgents sont reportés).
Le Conseil national de la recherche scientifique et technique (CONICET - agence gouvernementale qui dirige et coordonne la plupart des activités de recherche scientifiques) est très durement attaqué par Milei : coupes budgétaires drastiques et menaces de fermeture.
Les écoles publiques touchées
Les établissements primaires et secondaires subissent aussi des restrictions, par exemple la suppression de cantines scolaires dans certaines provinces, pourtant vitales pour les enfants pauvres et même le retard dans les salaires des enseignant·es, déjà rongés par une inflation dépassant 200 %.
Décentralisation et inégalités
Le gouvernement justifie ses coupes par une logique de « responsabilisation des provinces », mais cela
risque d’accentuer les écarts entre régions riches (comme Buenos Aires) et pauvres (comme le Nord-Est). Milei, inspiré par les thèses de Milton Friedman, promeut les chèques-éducation (vouchers – également plébiscités par Trump) pour favoriser le choix des familles (mais au profit des écoles privées) et des exonérations fiscales aux entreprises éducatives privées. Résultat ? Un système à deux vitesses se dessine, où seul·es les plus aisé·es auront accès à une éducation de qualité.
Quant aux salaires des enseignant·es, les coupes budgétaires de l’État ont condamné les mécanismes permettant d’atténuer les différences de salaires entre les provinces.
Nettoyage des programmes scolaires
Le ministre de l’Éducation, Carlos Torrendell, accuse les anciens programmes de « propagande kirchnériste » (du nom de Kirchner, l’ex-présidente du pays) et promet la suppression des contenus sur les droits humains, le genre ou l’environnement ainsi qu’une vision « méritocratique », niant les inégalités structurelles. Nous assistons à une suppression des contenus sur le féminisme, le changement climatique ou la mémoire historique (comme la période de la dictature).
Lutte contre les syndicats
Selon les principes libertariens, les syndicats sont des monopoles qui faussent le marché du travail et il convient donc de mettre toute la puissance de l’État contre eux. Pour cela, Milei envisage la criminalisation des grèves au travers de lois anti-manifestations.
Casser le pouvoir des syndicats vise à imposer une logique de flexibilisation totale : les salaires et conditions de travail doivent être déterminés par l’offre et la demande, pas par des conventions collectives négociées avec les organisations syndicales.
La riposte syndicale et sociale
La CTERA (principale fédération enseignante) et d’autres syndicats ont organisé plusieurs journées de grève nationale ainsi que des marches réunissant des centaines de milliers de personnes.
Les universités publiques sont devenues des bastions de résistance avec la tenue d’assemblées permanentes dans les facultés et même le soutien des recteurs, comme celui de l’UBA, qui a dénoncé « un abandon délibéré de l’État ».
De son côté, l’Internationale de l’Éducation a condamné les coupes budgétaires du gouvernement et ap-
porté son soutien aux mobilisations.
Des comparaisons avec le Chili de Pinochet alertent même sur les risques d’un système éducatif ultra-inégalitaire.
Des conséquences à très long terme
Avec 50 % de pauvreté infantile, beaucoup d’élèves pourraient quitter l’école pour travailler, entraînant de fait
un décrochage massif parmi les catégories les plus populaires. La fuite des cerveaux (fuga de cerebros) s’accélère, privant l’Argentine de ses talents et faisant craindre une baisse de la production scientifique et universitaire.
L’éducation, un champ de bataille contre le capitalisme
Sous Milei, l’école et l’université argentines sont devenues un terrain de lutte entre deux visions : celle d’un service public garant de l’égalité, défendue par les syndicats et les étudiant·es contre celle d’un marché éducatif, où seul·es les plus riches auront accès au savoir.
L’enjeu dépasse l’Argentine : c’est un avertissement pour tous les pays où des gouvernements ultralibéraux menacent l’éducation gratuite. La mobilisation continue, et le monde syndical doit en être le fer de lance.
Les élections législatives d’octobre 2025 ont renforcé le camp mileiste : les réformes risquent de s’accélérer.
¡ La educación pública no se rinde ! (L’éducation publique ne capitule pas !)

